La Culture haïtienne  à  Cuba  par Grete Viddal

Viddal est  doctorante  au  Département des Etudes Africaines et Afro -  Américaines à  Harvard University. Elle a publié des articles sur l’héritage haïtien  à Cuba dans le  New West Indian Guide / Nouveau guide West-Indian  (2012) et Making Caribbean Dance / Faisant la danse caraïbe (2010). 

Les  provinces  orientales de Cuba  reçurent deux  grandes vagues  de  ce qui est aujourd’hui Haïti.  De  1791  à 1804, pendant que l’instabilité  et la violence consumaient la colonie française de  Saint Domingue dans les premières années  menant à la Révolution haïtienne, des dizaines et des milliers de réfugiés – dont des planteurs avec leurs esclaves de  maison, et des  hommes  de couleur libres – filèrent vers l’est de Cuba, donnant aux villes de Santiago de Cuba et de Guantánamo leur  réputation de  « french flavor ».  

Les  esclaves qui travaillaient dans les plantations de café installées par les planteurs formèrent « Tumba Francesa »  ou « French Drum  associations »  qui  donnèrent des  représentations  de danses  de style  africain avec  des tambours. Trois  de ces sociétés sont encore actives  à Cuba de nos jours  et furent déclarées « héritage  culturel intangible » par l’UNESCO  en 2003 :  La Caridad del Oriente  à  Santiago de Cuba, La Pompadour  à  Guantánamo,  et  La Tumba Francesa de Bejuco   dans la  région  rurale de la province de  Holguín.
   
Durant les premières décennies du vingtième siècle  des centaines de milliers de travailleurs antillais – en majeure partie des Haïtiens-,  arrivèrent  à  Cuba  à  la recherche  de travail  dans  l’industrie  sucrière montante de  la nouvelle république indépendante de Cuba. Tandis que certains  sont  retournés  en Haïti, d’autres se sont installés en  permanence à Cuba. Les autorités, les politiciens, la presse  ont souvent pris les coupeurs  de canne haïtiens comme des  boucs émissaires, désignant leurs pratiques spirituelles comme diaboliques, leurs mœurs  sociales comme primitives et montrant du doigt plusieurs  paniques causées par la  sorcellerie au début des années 1900.  Quand les conditions de vie à Cuba s’empirèrent suite  à la dépression des années 1930, les Haïtiens furent visés par la déportation, et  beaucoup se retirèrent isolés dans des communautés dans les  montagnes. 

Après la Révolution  cubaine de 1959, des projets de développement améliorèrent les conditions de vie des communautés haïtiennes  résidant  à  Cuba. Elles reçurent la  citoyenneté. Toutefois, la  persistance   des  croyances spirituelles des  Haïtiens, comme la musique, la danse, la langue, la culture  des  denrées  et les pratiques culinaires, sont encore associées avec  l’ isolation rurale et la pauvreté. Dans  les  décennies récentes, toutefois, l’appréciation des  descendants des Haïtiens  à Cuba  a beaucoup augmenté.  On a commencé à valoriser leur contribution  aux mélanges ethniques et culturels de Cuba en formant des troupes folkloriques, en inaugurant des festivals d’héritage et en lançant des projets d’arts. Des exemples de ceci sont des événements qui mettent  en scène des Haïtiano – Cubains, comme le Festival de la Caraïbe de Santiago de Cuba, le  Festival Eva Gaspar en Memorium  à la province de Ciego de Ávila, la rencontre de   Bwa Kayiman  à San Germán, Holguín  et  le Bannzil Kiba Kreyòl Project   à  La Havane. Un collectif d’artistes inspiré par  Vodú, Taller Experimental  en  Negro ont fondé une colonie durable d’arts écologiques  à  Palma  Soriano  dans la province de Santiago. Des publications  mettant en valeur les contributions et les héritages d’ Haïti à Cuba  ont vu  le jour, comme la monographie ethnographique  Caidije  par Guanche et Moreno (1988), le   film documentaire Huellas dirigé  par Roberto Román (1986),  et le livre  El Vodú en Cuba  par  James, Millet  et  Alarcón (1998). La Casa del Caribe, un  institut de recherche  à Santiago de Cuba,  soutient les  représentations  des  traditions locales haïtiennes.